Méditation & anxiété

Récemment, j’ai reçu beaucoup de questions sur l’anxiété, et plus précisément, sur le lien entre l’anxiété et la pratique de la méditation. Il me semble important d’y répondre.

D’une part parce que ce sujet est très intime pour moi qui le connais bien, pour avoir vécu avec l’anxiété de manière chronique depuis presque toujours.

De l’autre, parce que mon expérience personnelle de méditante et de prof m’a beaucoup appris à ce propos.


Quelques précisions essentielles avant de commencer :

  • je ne suis pas thérapeute et je ne prétends pas l’être

  • je peux seulement parler à partir de mon expérience personnelle et individuelle

  • la méditation n’est ni une solution miracle (à quoi que ce soit), ni un substitut à une thérapie appropriée quand elle est nécessaire

Ceci étant dit, elle peut être un puits de soutien et de résilience quand elle est pratiquée avec intelligence et en conscience. J’espère que les quelques pistes données ici vous seront bénéfiques, comme elles l’ont été pour moi.


Notre anxiété peut être chronique ou circonstancielle, ses causes peuvent être internes ou externes.

Une chose est sûre: dans l’état de notre monde actuel, l’anxiété est NORMALE. Et c’est précisément face à cette anxiété circonstancielle que la méditation peut se révéler un soutien inestimable pour nous aider à avancer vers un monde meilleur.

La première chose à faire est donc, déjà, d’éviter de culpabiliser - en particulier si vous êtes profs de yoga et/ou de méditation et que vous pensez être censées être miraculeusement immunisé·es contre, ou “ne pas avoir le droit” d’être anxieux·se : c’est une réaction logique, saine et naturelle à votre inquiétude.

Si vous faites partie des gens pour qui méditer est désagréable ou impossible dans un état anxieux, il n’y a aucune inquiétude ou culpabilité à avoir non plus car c’est tout à fait naturel :

méditer, c’est faire face à son corps et ses émotions.

C’est s’installer radicalement et profondément dans les sensations, les textures et la matière de nos vies et du moment présent. Il n’y a donc rien de plus normal que ça soit difficile, voire impossible, selon l’intensité de l’anxiété que vous vivez sur le moment.


Une question importante à vous poser est donc celle de la nature, de la récurrence et de l’intensité de votre anxiété.

Il faut re-préciser ici que la méditation est cliniquement déconseillée :

  • en cas de dépression en phase aigüe

  • de trouble bipolaire non stabilisé

  • de schizophrénie

  • de séquelles psy aigües et non traitées d'abus ou de trauma

  • de dissociation

  • de troubles psychotiques

  • et dans certains cas, d’attaques de panique récurrentes (elle peut être aidante ou non selon les personnes)

Si vous souffrez d’une de ces pathologies, parlez-en à votre thérapeute qui peut vous indiquer d’autres pratiques plus adaptées.


Pour la grande majorité d’entre nous qui souffrons d’anxiété modérée à intensité variable (même si ses pics peuvent être très pénibles), nous avons beaucoup à gagner à trouver la juste place de la méditation dans nos vies, car elle peut faire partie des solutions.

Par les capacités d’observation, de calme et de stabilité qu’elle encourage, elle peut être un outil précieux pour mieux comprendre et apprivoiser et, sur le long terme, parvenir à bien mieux cohabiter avec notre anxiété.

En ce qui me concerne, elle a été d’un soutien inestimable dans ma vie personnelle et dans ma relation et à mes circonstances. Et elle m’a donné la force et l’inspiration, dans mon métier de prof, de continuer à enseigner, à soutenir, à accompagner, et à participer pleinement à ma vie et au monde.

Ne pas vous juger, ne pas culpabiliser, est une première étape très importante de soin et de bienveillance envers vous-mêmes, car l’anxiété est une spirale : cette attitude vous évite de faire de votre pratique (ou de votre absence de pratique) un prétexte supplémentaire à encore plus d’anxiété, ou à l’auto-flagellation.

Face à l’anxiété, la meilleure solution consiste à créer les conditions pour que notre pratique reste un cadre sécurisé à partir duquel dialoguer avec ce qui se présente : la douceur, l’écoute et la simplicité sont vos meilleures alliées. Cet équilibre est important à trouver, car c’est la condition pour que la méditation puisse être aidante face à l’anxiété.

Et c’est tout ce que je vous souhaite, car même si l’anxiété ne disparaît pas totalement, notre relation à elle peut changer énormément. À titre personnel, au fil du temps, ma capacité à m’asseoir au milieu de mes circonstances et à mieux dialoguer avec elles a été salvatrice : mon anxiété a beaucoup moins d’emprise sur moi à court terme, et sur mon état mental à long terme.


QUELQUES CONSEILS TIRÉS DE MON EXPÉRIENCE :

  • face à la paralysie et à la rumination créées par l’anxiété, ne choisissez pas le moment où vous vous sentez complètement emprisonné·es dans cet état pour vous asseoir

  • > trouvez un moyen de faire circuler cet état, d’une manière ou d’une autre, avant de méditer : le mouvement est un bon début

  • > celui qui vous fait plaisir : une marche, du mouvement doux, du yoga, du qi gong, de la danse, de la boxe ... testez, votre corps vous dira très vite ce qui vous aide à évacuer la spirale

  • > notre anxiété est impermanente, comme tout le reste : un jour à la fois ! si vous ne méditez que 3 min aujourd’hui ou pas du tout, n’en faites pas toute une histoire

  • demain est un autre jour : tout passe, et on peut accompagner cette fluidité en étant vigilant·es sur nos pensées et nos récits

  • > juste parce que méditer est difficile par moments, et c’est bien normal, ne veut pas dire que vous devez vous en priver si vous en ressentez le désir ou le besoin : privilégiez les moments d’accalmie qui vous semblent safe, faites vous confiance, et arrêtez si ça n’est pas bénéfique

  • n’hésitez pas à raccourcir votre temps de pratique : 5 min de manière régulière sont bien plus bénéfiques qu’une heure par mois

  • choisissez le bon moment dans la journée et par rapport à la présence de l’anxiété dans vos vies quotidiennes : là encore, testez - méditer le matin, en mi-journée ou le soir peut vous procurer une expérience très différente ... et il n’y a pas de moment plus idéal ou préconisé qu’un autre :)

(oui, vous pouvez vous libérer du mythe de la méditation matinale et de la morning routine : le bon moment est celui qui est bon pour vous)

Et enfin, faites confiance au temps long : l’accalmie et l’évolution sont possibles mais jamais sans patience, non-violence, engagement et présence.


En ouvrant et en calmant notre attention, la méditation nous rend plus spacieux et moins prisonniers de nos circonstances passagères : nous ne sommes pas uniquement notre anxiété, elle apparaît et disparaît, elle peut même cohabiter avec d’autres choses. Cette capacité à ne pas nous laisser consumer, épuiser et immobiliser est la condition de notre présence et de notre contribution.


CHOISISSEZ UNE TECHNIQUE QUI CADRE LE MENTAL EN CALMANT LA RUMINATION :

vous pouvez par exemple

  • commencer par de la cohérence cardiaque

  • utiliser la technique du décompte des respirations

  • concentrer votre attention sur l’ancrage du bas du corps

  • concentrer votre attention sur l’expiration

  • méditer sur les sons

TOUTES CES MÉDITATIONS SONT DISPONIBLES GRATUITEMENT ICI.

Juliette de Cointet